Le marché mondial des smartphones a montré des signes de reprise en 2024, après plusieurs trimestres de recul. Les grands fabricants, Samsung, Apple, Google ou Xiaomi, ont aligné des lancements concentrés sur quelques axes techniques récurrents : intelligence artificielle embarquée, connecteur universel imposé par la réglementation européenne et montée en gamme des capteurs photo. Le contexte réglementaire a lui aussi pesé sur les choix industriels, avec l’entrée en vigueur de nouvelles obligations dans l’Union européenne.
Connecteur USB-C obligatoire : ce que la directive européenne change pour les smartphones
Parmi les faits marquants de l’année, l’USB-C est devenu obligatoire pour les nouveaux smartphones vendus dans l’UE à partir du 28 décembre 2024. Apple a dû abandonner le Lightning sur ses iPhone, un virage attendu depuis des années par les consommateurs européens.
La directive ne se limite pas à la forme du connecteur. Elle prévoit aussi une harmonisation de la charge rapide et des informations destinées aux acheteurs, notamment la possibilité de vendre les appareils sans chargeur dans la boîte afin de limiter les déchets électroniques. Pour suivre l’actualité de ces évolutions techniques au fil des mois, les analyses publiées sur mobiles-infos.com permettent de recouper les annonces constructeurs et les obligations réglementaires.
Ce cadre réglementaire a poussé plusieurs marques à revoir leur gamme d’accessoires. Les fabricants de chargeurs tiers en ont profité pour proposer des blocs compatibles multi-appareils, renforçant l’interopérabilité entre smartphone, tablette et ordinateur portable.

IA embarquée sur smartphone : au-delà de l’effet d’annonce
Samsung a ouvert le bal en janvier avec le Galaxy S24 Ultra, doté de fonctions de traduction en direct alimentées par un modèle d’IA locale. Google a suivi avec ses Pixel, en misant sur des capacités de retouche photo automatisée et de résumé de texte directement sur l’appareil, sans passer par un serveur distant.
Apple a intégré des fonctions similaires dans iOS 18, regroupées sous le label « Apple Intelligence ». L’approche diffère : Apple insiste sur le traitement local des données personnelles, quand Samsung et Google combinent calcul embarqué et appels ponctuels au cloud.
Ce que l’IA locale change concrètement
Le traitement sur l’appareil réduit la latence et limite l’exposition des données personnelles. La traduction en temps réel lors d’un appel téléphonique, proposée par Samsung, fonctionne sans connexion internet active. La retouche photo par IA de Google (suppression d’objets, amélioration de la lumière) s’exécute en quelques secondes sur la puce Tensor.
Les limites restent tangibles. Les modèles embarqués sont plus légers que leurs équivalents cloud, ce qui réduit leur précision sur des tâches complexes. La qualité de la traduction varie selon les paires de langues, et les fonctions de résumé produisent parfois des raccourcis trompeurs. Aucune évaluation indépendante publiée en 2024 ne permet de comparer objectivement les performances IA des trois écosystèmes sur un même protocole de test.
Capteurs photo et optique périscopique : la course aux téléobjectifs
La photographie mobile a franchi un palier avec la généralisation des lentilles périscopiques sur les modèles haut de gamme. Ce type d’optique, qui utilise un prisme pour dévier la lumière à l’intérieur du châssis, permet d’atteindre des distances focales élevées sans augmenter l’épaisseur du téléphone.
- Le Samsung Galaxy S24 Ultra embarque un téléobjectif périscopique qui offre un zoom optique de grande portée, là où les générations précédentes s’appuyaient davantage sur le zoom numérique
- Google a intégré une optique similaire sur ses Pixel haut de gamme, en combinant le zoom matériel avec un traitement logiciel par IA pour améliorer la netteté à longue distance
- Apple et Xiaomi ont également renforcé leurs modules photo, chaque marque adoptant sa propre approche du traitement d’image computationnel
L’optique périscopique reste cantonnée aux gammes premium. Sur les modèles vendus sous la barre des prix moyens, le zoom repose encore largement sur le recadrage numérique, avec une perte de détails visible au-delà d’un grossissement modéré.

Réparabilité et écoconception : les règles européennes qui arrivent en 2025
La directive (UE) 2024/1799 sur le droit à la réparation a été adoptée le 13 juin 2024. Elle fixe un cadre pour favoriser la réparation des appareils électroniques, mais son application concrète dépend de la transposition par chaque État membre, qui interviendra après 2024. Il serait donc inexact de la présenter comme un droit pleinement applicable dès cette année.
En parallèle, les règlements européens 2023/1670 et 2023/1669 sur l’écoconception et l’étiquetage énergétique des smartphones et tablettes entreront en application le 20 juin 2025. Ces textes introduisent des exigences de durabilité, de disponibilité des pièces détachées et d’information sur la réparabilité.
Ce que cela implique pour les fabricants
Les constructeurs doivent anticiper plusieurs contraintes simultanées :
- Garantir la disponibilité de pièces détachées pendant une durée minimale après la mise sur le marché
- Fournir des informations claires sur la réparabilité du produit dès l’achat
- Adapter la conception interne des appareils pour faciliter le démontage sans outils propriétaires
Samsung, Apple et Fairphone ont communiqué sur des programmes de réparation en libre-service, mais le périmètre et le coût réel des pièces varient fortement d’une marque à l’autre. La question de savoir si ces initiatives suffiront à répondre aux futures exigences européennes reste ouverte : les critères précis d’évaluation de la réparabilité prévus par les règlements de 2025 n’ont pas encore été testés à grande échelle.
Écrans pliables et prix Android : deux tensions non résolues
Les smartphones pliables ont gagné en fiabilité mécanique, avec des charnières plus résistantes et des plis d’écran moins visibles. Samsung domine ce segment avec sa gamme Galaxy Z, tandis que des marques comme Xiaomi et Honor proposent des alternatives sur le marché asiatique et européen.
Le prix reste le principal frein à l’adoption des pliables. Les modèles les plus aboutis se situent dans la tranche tarifaire la plus haute du marché, ce qui limite leur diffusion à un public restreint. La baisse de prix attendue par les analystes ne s’est pas matérialisée de façon significative en 2024.
Sur le segment Android plus classique, Google a renforcé sa gamme Pixel avec des modèles positionnés à des tarifs plus accessibles, comme le Pixel 8a, qui reprend une partie des fonctions IA des modèles premium. OnePlus et Nothing ont continué à cibler le rapport qualité-prix, avec des appareils offrant des caractéristiques haut de gamme à des tarifs intermédiaires.
L’année 2024 aura donc été celle où la réglementation européenne a commencé à peser concrètement sur la conception des smartphones, pendant que l’IA embarquée passait du statut de promesse marketing à celui de fonction réellement utilisable au quotidien. Les écarts de prix entre gammes ne se sont pas réduits, et la question de la durabilité réelle des appareils ne trouvera de réponse qu’avec l’entrée en vigueur des nouvelles normes européennes prévues pour 2025.



